L'amnésie environnementale

Solutions fondées sur la nature : la biodiversité, alliée de l'adaptation au changement climatique

Oct 2026

L'été 2026 restera parmi les plus marquants jamais mesurés en France. En 92 jours d'été météorologique, les records se sont succédé.

  • 52 jours ont été classés en vague de chaleur (Le Monde).
  • Les 24 et 25 juin sont devenus les journées les plus chaudes jamais enregistrées en moyenne dans le pays, avec un indicateur thermique national de 30 °C, au-dessus du précédent record de 2003 (Météo-France).
  • L'eau a manqué : déficit de pluie de 67 % en juillet (Météo-France), une station de référence sur quatre en débit très faible (Eaufrance) et 62 départements en situation de crise fin juillet.
  • À la mi-juillet, 96,5 % des sols de métropole étaient secs, un record pour la saison (Banque des Territoires).
  • Fin juillet, 117 000 hectares avaient brûlé, dont 42 000 pour le seul incendie de Saumos en Gironde (préfecture de Gironde), près de 3 600 à Biscarrosse dans les Landes et 2 000 en forêt de Fontainebleau.

S'adapter aux conséquences du réchauffement est devenu une nécessité pour la société, les territoires et les entreprises. La plupart de ces dernières restent pourtant peu préparées (Le Monde).

Cet article explique ce que recouvre l'adaptation au changement climatique, pourquoi les entreprises sont concernées et comment les solutions fondées sur la nature peuvent devenir un pilier de leur stratégie d'adaptation.

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Adaptation et atténuation : quelle différence ?

Face au réchauffement climatique, deux leviers se complètent.

  • L'atténuation agit sur les causes. Le GIEC la définit comme l'intervention humaine qui vise à réduire les sources de gaz à effet de serre ou à renforcer les puits qui les absorbent : baisser les émissions, préserver les forêts et les sols qui stockent le carbone.
  • L'adaptation agit sur les conséquences. Pour le GIEC, il s'agit d'ajuster nos sociétés au climat actuel ou attendu et à ses effets, afin d'en limiter les dommages et d'en saisir les éventuelles opportunités (ministère de la Transition écologique).

Les deux avancent ensemble. Plus on atténue, moins l'adaptation aura à encaisser.

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À quoi faut-il s'adapter ?

Presque toutes les activités humaines sont exposées. Le 6e rapport du GIEC (Groupe II) décrit des impacts déjà engagés, appelés à s'intensifier avec chaque dixième de degré supplémentaire (Agence Parisienne du Climat).

L'alimentation est en première ligne. Le réchauffement rend certaines régions moins propices aux cultures et déplace les zones agricoles, tandis que la biomasse marine recule sous l'effet combiné de la surpêche et de la hausse des températures. Pour une entreprise agroalimentaire, une coopérative ou un négociant, cela se traduit par des rendements plus variables, des approvisionnements moins sûrs et des cahiers des charges plus difficiles à tenir.

L'eau devient une ressource disputée. Sécheresses et pénuries se multiplient, les restrictions s'allongent. Toute activité consommatrice d'eau est concernée : l'industrie pour ses procédés, la construction sur ses chantiers, l'agriculture pour l'irrigation, jusqu'à la production d'énergie, dont le refroidissement des centrales dépend du débit des rivières.

Les infrastructures sont mises à l'épreuve. Bâtiments, réseaux, routes et sites de production doivent tenir face à des chaleurs, des pluies et des sécheresses plus intenses. Passé un certain seuil de température, le travail devient pénible dans les bureaux comme dans les entrepôts, et la productivité baisse. En ville, l'artificialisation des sols et la densité du bâti amplifient les vagues de chaleur et créent des îlots de chaleur urbains.

Exemple : la filière bois face au scolyte

Dans les forêts du nord-est de la France, fragilisées par des sécheresses répétées, les épicéas produisent moins de résine, leur principale défense. La chaleur accélère dans le même temps la reproduction du scolyte, un petit coléoptère qui creuse sous l'écorce, et les hivers plus doux tuent moins ses larves (ONF). Des peuplements entiers dépérissent, et c'est toute la filière bois qui en subit les conséquences.

Pour y faire face, les forestiers doivent faire évoluer leur gestion : diversifier les essences afin de bâtir des peuplements plus résistants aux sécheresses et aux ravageurs (ONF).

Vue aérienne d'une forêt de conifères dépérissante après des sécheresses et des attaques de ravageurs
Des conifères morts sur pied après des sécheresses répétées et des attaques de ravageurs.

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Trois familles de solutions d'adaptation

L'ADEME distingue trois grandes familles de réponses.

  • Les solutions grises reposent sur des infrastructures : digues, bassins de rétention, climatisation. Chacune répond à un aléa précis. Efficaces, elles exigent de lourds investissements et un entretien continu, et pèsent souvent sur les milieux naturels.
  • Les solutions organisationnelles font évoluer les pratiques : systèmes d'alerte, plans de gestion de crise, décalage des calendriers agricoles ou des horaires de travail pendant les canicules.
  • Les solutions fondées sur la nature s'appuient sur le vivant pour rendre des services comparables. Un arbre rafraîchit, une zone humide absorbe une crue, une haie protège un sol. Ces solutions se passent d'infrastructures lourdes et de leurs coûts d'entretien, et gardent une souplesse précieuse face à un climat incertain (OFB).

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Qu'est-ce qu'une solution fondée sur la nature (SfN) ?

Adoptée par l'UICN lors du Congrès mondial de la nature de 2016, la notion de solution fondée sur la nature désigne les actions qui protègent, gèrent durablement ou restaurent des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement des défis de société, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité (note de cadrage OFB, 2021).

Une SfN remplit donc deux conditions à la fois : rendre un service à la société et améliorer l'état de la nature. Ce double bénéfice la distingue d'un simple aménagement végétalisé. Pour encadrer les projets, l'UICN a publié en 2020 un Standard mondial qui en fixe les critères.

L'adaptation fondée sur les écosystèmes appartient à cette famille. Le GIEC la définit comme l'utilisation de la gestion des écosystèmes pour renforcer la résilience et réduire la vulnérabilité des personnes et des milieux face au changement climatique. Son rapport confirme que ces mesures réduisent un large éventail de risques, de la chaleur urbaine aux inondations et de l'érosion aux submersions côtières, avec de nombreux bénéfices annexes (GIEC, AR6 Groupe II, § C.2.5).

Illustration OFB des solutions fondées sur la nature selon les territoires : ville, littoral, forêt, montagne, agriculture, eau
Les solutions fondées sur la nature se déclinent sur chaque type de territoire. Illustration : © OFB / Giboulées.

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Exemples de solutions fondées sur la nature, milieu par milieu

Dans l'agriculture

Plusieurs pratiques se combinent pour rendre les exploitations plus résistantes au climat. L'agroforesterie, qui consiste à planter des arbres au milieu des parcelles, apporte de l'ombre aux cultures, enrichit le sol et abrite les prédateurs naturels des ravageurs. Les haies jouent le même rôle de refuge pour une faune utile. Le soin du sol (paillage, compost, travail du sol réduit, rotation des cultures) préserve sa fertilité et sa capacité à retenir l'eau. Quant aux mares, elles stockent l'excès d'eau en hiver et le restituent l'été, quand les cultures ont soif (ADEME, 2026).

L'effet se mesure. Sous les arbres d'une parcelle en agroforesterie, la température peut baisser jusqu'à 6 °C pendant une canicule (OFB, 2021). En Guadeloupe, la micro-ferme expérimentale du projet EXPLORER, portée par l'INRAE, teste l'ensemble de ces pratiques face à un climat qui se dérègle.

Pour une entreprise agroalimentaire ou une coopérative, l'intérêt est direct : des rendements plus stables, une moindre dépendance aux intrants et des approvisionnements sécurisés, tout en restaurant la biodiversité des parcelles.

Dans les forêts

Une forêt en bonne santé fonctionne comme une infrastructure d'adaptation à grande échelle. L'ombrage et l'évapotranspiration de milliers d'arbres rafraîchissent les alentours. En amont des bassins versants, les forêts stockent l'eau et ralentissent son écoulement, ce qui réduit le risque de crue en aval (GIEC, § C.2.5). En montagne, les forêts de pente fixent les sols et freinent éboulements et glissements de terrain (OFB, 2021).

Face au risque d'incendie, que l'été 2026 a rendu très concret, la première protection reste une forêt en bonne santé. Or le réchauffement la fragilise de toutes parts, du stress hydrique aux ravageurs, et diversifier les essences est le premier levier pour la maintenir vivante.

Fumée d'incendie dans une forêt de pins, risque accru par la sécheresse
Fumée d'incendie dans une forêt de pins. Photo : Erik Morales / Unsplash.

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L'enjeu concerne bien d'autres acteurs que la filière bois. Les entreprises implantées près des massifs sont directement exposées au feu. Celles qui dépendent de l'eau ont tout intérêt à la préservation des forêts situées en amont, qui sécurisent la ressource et limitent les crues.

Dans les villes et les zones artificialisées

La ville concentre la chaleur, et c'est là que l'action de la nature se voit le mieux. Un arbre fait de l'ombre et « transpire » par ses feuilles : cette évapotranspiration rafraîchit l'air alentour. Il filtre aussi l'air et abrite une faune variée (ADEME, 2026). Végétaliser, désimperméabiliser les sols, rouvrir un cours d'eau enterré : ces gestes abaissent la température d'un quartier et absorbent les pluies intenses.

À Villefranche-de-Rouergue, en Occitanie, le projet Renouv'Eau a transformé une place bitumée et surchauffée, dédiée au stationnement, en espace végétalisé. Les places de parking ont été redéployées ailleurs dans le village, et l'opération s'est doublée de la renaturation d'un ruisseau qui traverse le bourg (ADEME, 2026).

Un siège, un entrepôt ou un site industriel subissent la même surchauffe qu'un quartier. Planter aux abords, végétaliser une toiture ou une façade, désimperméabiliser un parking : ces solutions s'appliquent à l'échelle d'un bâtiment. Elles préservent le confort de travail quand le thermomètre grimpe et réintroduisent du vivant sur le site.

Dans l'eau et les zones humides

Une zone humide fonctionne comme une éponge. Elle absorbe l'eau quand elle abonde, l'hiver et lors des crues, puis la restitue quand elle se raréfie, l'été et pendant les sécheresses (portail national Zones Humides). Elle répond ainsi aux deux visages de l'été 2026, l'excès comme le manque.

Certaines zones humides stockent jusqu'à 15 000 m³ d'eau par hectare (Convention de Ramsar, citée par l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse). En rechargeant les nappes, en soutenant le débit des rivières en période sèche et en écrêtant les crues, elles sécurisent la ressource et limitent les inondations (OFB).

La restauration des cours d'eau suit la même logique. Pendant des siècles, les rivières ont été rectifiées et canalisées pour les éloigner des cultures. Leur rendre leurs méandres et des zones d'expansion des crues, ces parcelles où le trop-plein peut s'étaler en hiver, permet des débordements plus progressifs et mieux maîtrisés (ADEME, 2026).

Pour une industrie ou un chantier exposés aux restrictions d'eau, des bassins versants fonctionnels garantissent la continuité de l'activité. Les sites situés en zone inondable gagnent, eux, à ce que l'eau retrouve en amont des espaces où s'étaler.

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Un cadre qui se consolide

  • À l'international, le GIEC reconnaît les SfN comme un levier d'adaptation, et l'UICN en fixe les règles. Son Standard mondial sert de garde-fou contre les usages abusifs du terme, par exemple lorsqu'une infrastructure grise végétalisée ou une simple mesure de compensation sont présentées comme des SfN (UICN).
  • En Europe, le Règlement sur la restauration de la nature, adopté en 2024, engage les États membres à restaurer les milieux dégradés, avec un objectif de 90 % d'ici 2050, et lie explicitement restauration et adaptation (portail national d'adaptation).
  • En France, le 3e Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3) et la Stratégie nationale biodiversité 2030 encouragent le recours aux SfN. Pour décliner le règlement européen, un plan national, « Agir pour restaurer la nature », est en cours de construction et doit être remis à la Commission en 2026.

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Les limites des solutions fondées sur la nature

Partout, le même principe opère : un écosystème en bon état rend un service d'adaptation. Cet allié reste toutefois vivant, donc vulnérable.

Les écosystèmes subissent eux aussi le climat. Au-delà d'un certain niveau de réchauffement, canicules, sécheresses et incendies les affaiblissent, et leur service diminue d'autant. Une forêt qui dépérit cesse de rafraîchir. Le GIEC indique d'ailleurs que l'efficacité de l'adaptation par les écosystèmes décroît à mesure que le réchauffement s'intensifie. Les SfN viennent donc en complément de la réduction des émissions : moins on atténue, moins elles pourront nous protéger.

La qualité est exigeante. Une SfN doit produire un gain pour la société et un gain pour la nature. Freddy Rey, chercheur à l'INRAE, rappelle que planter des arbres ne suffit pas à remplir ces critères (France 24).

La maladaptation guette. Mal conçue, une action peut accroître la vulnérabilité qu'elle devait réduire : une digue qui protège une rive en aggravant l'inondation chez le voisin, une retenue d'eau qui assèche la rivière en aval, des arbres exotiques plantés à la hâte qui appauvrissent le milieu (ADEME, 2026 ; portail national d'adaptation).

Bien pensée et suivie dans la durée, la nature reste l'une de nos meilleures alliées pour affronter le climat qui vient.

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Comment intégrer les solutions fondées sur la nature dans sa stratégie d'entreprise ?

  1. Évaluer ses risques climatiques physiques site par site (chaleur, sécheresse, inondation, incendie).
  2. Identifier les écosystèmes dont on dépend pour amortir ces risques (zones humides en amont, couvert forestier, sols agricoles des fournisseurs)
  3. Déployer des SfN sur ses propres sites : désimperméabilisation, végétalisation avec des essences locales, gestion écologique des espaces verts.
  4. Agir dans sa chaîne de valeur en soutenant l'agroforesterie, les haies et le soin des sols chez ses fournisseurs agricoles.

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Pour aller plus loin

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